Skyfall - IMAX Poster

Trois ans après le décevant Quantum of Solace, Daniel Craig renfile le smoking du plus célèbre agent secret pour revenir dans un 23ème opus. Le film est-il aussi bon(d) qu’on le prétend ? Est-ce encore un Jason Bond ou James Bourne ? Daniel Craig est-il toujours aussi bourrin ?
La réponse dans cette critique garantie sans spoilers ! 

Synopsis : Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces évènements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…

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Troisième Bond mettant en scène Daniel Craig dans le rôle de James Bond, longuement critiqué pour la façon dont son Bond passait au travers des murs et tuait tout ce qui bouge dans Quantum of Solace. On était donc en droit de craindre le pire quant à Skyfall, d’autant plus qu’il était dirigé par Sam Mendes dont l’action n’est pas vraiment son domaine de prédilection.
Voyons maintenant si ce film rempli sa mission : fêter le 50ème anniversaire de la franchise dignement.
ACTE 1 : Le casting est impressionnant, mais tient-il la route pour autant ?

Et bien je n’irai pas par quatre chemin et reprendrai une réplique de Casino Royale : Oui, indéniablement.

Je commencerai par les Bond Ladies et la frenchie Bérénice Marlohe (Severine). Première véritable grosse production à laquelle elle participait et je dois dire qu’elle s’en tire admirablement bien dans le rôle de la Bond Lady ! Elle arrive à allier charme, mystère tout en parvenant à montrer qu’elle attend un sauveteur en la personne de Bond. Chose rare dans la franchise bondienne, elle s’en sort sans tomber dans le ridicule, bien au contraire. Malgré un temps de présence à l’écran assez restreint, on peut dire que la jolie Bérénice aura su charmer et prouver qu’elle avait du talent.

Passons à Naomie Harris (Eve) qui campe ici un agent de terrain qui réserve quelques surprises. Elle s’en sort plutôt bien et le tandem que forme son personnage avec Bond offre quelques répliques/situations savoureuses ; notamment la scène où elle rase Bond qui est tout en sensualité. Je ne m’attarderai pas trop sur son personnage, mais il est intéressant de voir l’évolution de celui-ci au cours du film !

Et pour finir, Dame Judi Dench (M) nous livre ici ce qui reste à mon avis sa meilleure prestation en tant que M, mais également le meilleur M de la série. Poussée dans ces retranchements et attaquée de tout front, elle arrive à imposer une figure autoritaire tout en laissant entrevoir une facette assez sombre de son personnage. Une prestation remarquable avec sans aucun doute les plus belles répliques de la franchise entre M et Bond !

Le casting masculin faisait rêver avec des noms comme Javier Bardem, Ralph Fiennes ou encore Albert Finney et pouvait faire peur avec notamment Ben Whishaw dans un rôle culte de la saga. Voyons ce qu’il en est. 

Commençons par le Boss, le Patron…que dis-je, le saint-patron des méchants bondien : Javier Bardem. Celui-ci nous livre la plus impressionnante version d’un méchant bondien. Complètement dérangé, mais terriblement redoutable.
On peut en effet le comparer au Joker campé par le regretté mister Ledger, mais Silva possède quelque chose d’extrêmement dérangeant voir même malsain. Ce côté dérangé apparaît avec brio dans une scène incroyablement osée vu la nature du personnage qui arrive à mettre mal à l’aise le spectateur. Je n’en dis pas plus, ça vaut le coup d’œil ! La prestation de Bardem est incroyable.

Ralph Fiennes, sortant du rôle de Voldemort pour devenir un gentil du MI6 se révèle être un excellent choix et lui aussi campe un personnage surprenant. On ne sait pas trop de quel côté il se trouve, il met pratiquement M sur la sellette pour finir par la défendre et montrer son habileté à manier une arme. J’avais des craintes quant à la place de son personnage face à M et bien il n’est pas en reste, loin de là !

Je passe rapidement sur Albert Finney qui interprète Kincade, la seule chose que je dirai c’est qu’il offre lui aussi les plus belles lignes de la franchise lors de ses échanges avec Bond.
Arrivons à Ben Whishaw qui fait ici revivre le personnage de Q d’une façon neuve en alliant clins d’œil subtils au personnage du passé tout en faisant souffler un vent de fraîcheur sur le rôle. Un génie de l’informatique qui est pratiquement sur le terrain avec Bond dans cet opus, chose extrêmement rare. On notera le retour des dialogues savoureux entre les deux personnages ainsi que quelques moqueries adressées aux vieux gadgets, tout ça fait avec infiniment plus de tact que ce qui fut fait dans Meurs un autre jour.


ACTE 2 : Mendes, l’homme de la situation ?

Là où Quantum of Solace allait à 100 à l’heure et dans tous les sens, Skyfall prend son temps et met les éléments en place lentement.
Arrivé à l’entracte, le méchant était toujours inconnu du MI6 et pourtant celui-ci était touché de plein fouet par une série d’attaques. On avait donc face à nous un vrai fantôme, un peu à la manière des vieux James Bond où on ne faisait qu’entre-apercevoir la menace en la personne de Blofeld.

Non seulement il prend son temps au niveau de l’intrigue, mais le film prend également le temps de discuter et d’approfondir la psychologie des personnages. Il n’y a pas d’action à profusion, Skyfall est un film à texte et quel texte.
Il y a une scène qui est pour moi absolument remarquable pour un Bond : l’agent est plongé au cœur de l’action et en fond on entend un personnage lire un extrait d’un poème de Tennyson. Du jamais vu qui fonctionne parfaitement.

Mendes va au fond de la psychologie des personnages et si vous aviez cru que le Bond de Daniel Craig était allé au plus loin, au plus humain du personnage, vous n’avez encore rien vu. Timothy Dalton avait évoqué et entrepris à l’époque de montrer que James Bond était un être torturé, Mendes entraîne Bond pratiquement dans les abysses en le rendant inapte et dépressif.
On explore des endroits de sa personnalité encore jamais vu, son image d’intouchable qui avait déjà pris un solide coup dans Casino Royale vole définitivement en éclat.

Le réalisateur est un fan de Bond et ça se voit : il rend hommage à certaines séquences des films de la franchise, rapporte certains symboles comme l’Aston Martin DB5 modifiée notamment, mais plus important il a apporté une touche plus légère qui manquait encore au Bond de Craig.
L’humour marque son grand retour et si certains on trouvé ça parfois à la limite de la parodie, j’ai trouvé au contraire que ça faisait du bien de retrouver des grandes répliques comme on pouvait en trouver dans l’ère Connery.

Je parle de Mendes, mais comment parler de lui sans évoquer sa coopération avec Thomas Newman ?
La tâche était difficile pour le compositeur qui arrivait en période du 50ème anniversaire et devait composer avec des sonorités bondiennes, tout cela après l’excellent David Arnold.
Si j’étais sceptique quant aux extraits écoutés, je dois dire qu’il a fait un travail remarquable et a su rendre hommage au Grand John Barry en remettant un James Bond thème plus traditionnel qui s’accorde parfaitement avec la séquence.

On peut également rajouter le choix inspiré de Roger Deakins à la photographie qui donne l’un des plus beaux visuels de la franchise, notamment dans les scènes en Écosse.


ACTE 3 : Daniel est blond, James est Bond.

Certains sont toujours coincés par la couleur des cheveux de Craig, son aspect qui n’est en rien semblable à l’image qu’on a en général de James Bond. D’autant plus si on a comme référence Pierce Brosnan.

Et pourtant, forcé de constater qu’il est définitivement James Bond. Au-delà du physique peu conventionnel, il prouve avec ce film que c’est sans aucun doute le meilleur choix que la production ait pu faire.

Le problème, c’est sans doute que ceux qui n’ont vu que les films sans jamais avoir ouvert un roman de Fleming auront toujours autant de mal à apprécier le travail fourni par Daniel Craig.
Il est le James Bond littéraire. Mendes avait promis un retour aux classiques des années 60-70, pour moi ce n’est pas le cas. C’est un Bond bien plus sombre, mais qui renoue sans conteste avec ce que Fleming écrivait sur son personnage.

Avec Skyfall, on ne peut définitivement plus coller l’étiquette « bourrin » sur la prestation de Craig, il en est l’exact opposé. Terminé les passages au travers de parois, les meurtres gratuits et les apparitions de son personnage en tenues laissant présager un film « gros bras ».

Ici, c’est un personnage qui souffre tant physiquement que mentalement, rechigne à tuer sans avoir eu les informations qu’il venait chercher, il montre ses émotions (certains reprocheront ce choix, moi je l’approuve), bref il est définitivement plus mature et c’est l’agent secret humain James Bond décrit par son auteur.
On a souvent dit qu’il fallait trois Bonds pour que l’acteur arrive à être pleinement Bond, c’est le cas ici. Daniel Craig est James Bond et pour moi, c’est même le meilleur de la franchise.
Depuis Casino Royale, je suis convaincu qu’il est capable d’emmener le personnage très loin et c’est ce qu’il a prouvé dans Skyfall. Je suis un ardent défenseur de George Lazenby et Timothy Dalton qui étaient les deux seuls à avoir réellement compris comment Bond devait être, pas un personnage exploitant une facette du Bond littéraire, mais bien un personnage multi-facette.
Craig arrive avec brio à mélanger les émotions et plus important, ce qui manquait sans doute depuis son arrivée dans la franchise et qui avait à peine été effleuré dans Casino Royale est présent cette fois : il est classe.

J’avais encore un peu de mal à voir cette facette du personnage de Bond avec lui, mais ici il n’y a pas de doute possible : classe, charismatique, charmeur, séducteur. Dan’ saura faire fondre le cœur des demoiselles !



ACTE 4 : Skyfall, le Bond parfait ?

Et bien je n’irai pas jusque là.
Il y a quelques petites imperfections, quelques petits choix assez discutables et surtout un gros gros problème au niveau de la place qu’il doit prendre dans ce reboot entamé en 2006.

En effet nous avons vu dans les deux films précédents un agent débutant, inexpérimenté pratiquement, sans allusions directes aux 20 films précédents.
Dans Skyfall nous sommes en présence d’un agent expérimenté, plus mature, plus âgé et pratiquement qualifié comme étant un dinosaure au sein du MI6 qui possède une DB5 modifiée.

Alors la question légitime qu’on peut se poser c’est : où se place Skyfall ?
Pour moi il ne vient pas vraiment après les deux films qu’on a vu de Craig, ça n’a aucun sens. Il vient fêter le 50ème anniversaire de la franchise, oui, mais il le fête en plongeant dans le passé cinématographique de Bond…

Il y a un tas de petits éléments qui font que j’ai du mal à lui donner une place dans la franchise et à voir comment on a pu passer d’un point de vue de la narration globale de Casino Royale à Skyfall.
Bien sûr on pourrait prendre le film en tant que film « indépendant », mais alors comment expliquer le fait que Skyfall m’ait fait retourner dans l’ère dans le passé de la franchise ?
Bref, c’est un OVNI bondien pour moi.

Ensuite, il y a quelques éléments du scénario qui ont été trop vite expédiés à mon goût au profit de quelques longueurs qui auraient méritées d’être coupées. Comme souvent, il y a quelque choix plus que discutables notamment celui d’avoir placé une Bond Girl -et je suis gentil en la qualifiant de la sorte- qui apparaît juste pour s’envoyer en l’air avec Bond et hop on n’en parle plus.
C’est sans spoilers donc je m’arrête là, mais il y a encore quelques petits éléments dérangeants par-ci par-là.

Mais dans l’ensemble, au regard des 22 films précédents, je dois dire que je ressors de la salle comblé. Skyfall est pour moi l’un des meilleurs Bonds fait à ce jour et les 2h20 passent sans trop de mal.


ACTE 5 : Faut-il allez voir Skyfall ? 

OUI et plutôt deux fois qu’une !
C’est un film extrêmement riche et je pense qu’en une seule séance il n’est pas possible de tout voir !

 

 La note :

★★★★½


SKYFALL – Final Trailer 2 Minutes [VO|HD1080p] par Lyricis