Memory Of Love – Présentation et interview du réalisateur Wang Chao
On m’a souvent reproché, a juste titre, de ne pas parler assez souvent des films asiatiques, donc aujourd’hui je vais vous présenter Memory Of Love de Wang Chao avec Yan Bingyan, Li Naiwen, Jiao Gang, Wang Jianing et Wang Juan, distribué en France par Bac Films.
D’ailleurs pour la peine j’organiserai un concours pour vous faire gagner 20 places de cinéma pour ce film !
Nous nous retrouvons à Hongzhu, de nos jours. Une jeune femme, He Sizhu, et son amant, Chen Mo, ont un accident de voiture. Quand elle se réveille à l’hôpital où Li Xun, son mari, travaille comme chirurgien, He Sizhu a tout oublié des trois dernières années. Son amant est devenu un inconnu pour elle. Conscient de sa trahison, son mari choisit de la laisser vivre dans ce passé où ils étaient passionnément amoureux.
Petit à petit, le fossé entre le temps et la perception de la réalité se referme. Le destin, inévitable, reprend le dessus. Afin de ne pas perdre sa femme, Li Xun doit dépasser la peine causée par sa trahison et trouver, dans son amour pour elle, la force de tout recommencer. Mais l’amant de He Sizhu veut également la récupérer…
ENTRETIEN AVEC WANG CHAO
Quel est le sujet de votre film ?
Un accident de voiture entraîne l’amnésie de l’héroïne : celle-ci a perdu tout souvenir des trois dernières années. Elle ne se souvient que de l’époque où elle était follement amoureuse de
son mari et a oublié sa trahison. Le mari, médecin, décide de l’aider à retrouver la mémoire.
Cette histoire, qui se déroule dans des circonstances absurdes et tragiques, pose plusieurs questions. Mais l’essentiel n’est pas de savoir si elle va retrouver la mémoire ou s’ils vont retomber amoureux. L’important est de saisir la fragilité, et en même temps la ténacité, de l’amour.
Quelle a été votre source d’inspiration ?
Un poète chinois nommé Wang Wei a écrit, il y a plusieurs siècles : « Si tu marches jusqu’à un endroit où l’eau a disparu, assieds-toi et profite de la brume qui se lève ». Cela signifie que si l’on grimpe jusqu’à un sommet où il n’y a pas d’eau, il suffit de s’asseoir et d’admirer calmement les nuages, car ils sont faits d’eau. Il existe également un vieux proverbe chinois qui dit : « Fais un pas en arrière et tu verras un avenir plus clément. »
Ces citations représentent les concepts de base des philosophies zen et bouddhiste chinoises qui défendent une conception orientale de la transcendance. Des attitudes répréhensibles peuvent mener à des actions positives et constructives. Bouddha, dans sa clémence et dans sa compassion, considère que même si les humains connaissent le mensonge, la trahison et la colère, ils ne doivent pas pour autant être blâmés, car un véritable amour peut naître d’une déception.
Les personnages de vos films précédents venaient d’un milieu social défavorisé. Ceux de MEMORY OF LOVE viennent de la classe moyenne aisée. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Quand j’ai tourné mes précédents films qui, effectivement, soulignaient les conditions de vie difficiles des classes sociales défavorisées en Chine, je ne faisais pas seulement mon travail de réalisateur, mais j’assumais mes responsabilités en tant qu’intellectuel. Toutefois, je vois les changements liés au développement de la Chine et j’ai décidé de tourner ma caméra vers des gens comme moi : il est temps pour moi de passer à l’autocritique. Ce n’est qu’après s’être compris soi-même qu’on peut tenter de montrer les autres.
D’après vous, comment les changements intervenus ces dernières années dans la société chinoise influent sur la mentalité des personnages du film ?
La répartition des revenus en Chine est inégale et la communauté internationale, tout comme le cinéma, concentrent toute leur attention sur les classes sociales les plus défavorisées. Mais quid de l’état d’esprit des classes moyennes, voire aisées, et de leurs aspirations pour l’avenir ? Elles doivent relever le même défi que les sociétés occidentales :avec l’effondrement des valeurs traditionnelles, elles doivent se reconstruire sur un désert spirituel. MEMORY OF LOVE tente de résoudre une situation émotionnelle difficile.
Ce que je veux, c’est accompagner le public dans la recherche d’un amour perdu et de valeurs spirituelles.
Comment est construit votre film ?
Je construis tous mes films de la même manière : l’intrigue me permet d’exprimer des idées, des pensées et de souligner le destin des personnages qui se traduit par un mélange d’émotions.
MEMORY OF LOVE se distingue légèrement de mes précédents films, mais ils sont tous unis par un même style et un même esprit. Dans la mesure où je ne me concentre pas sur la critique sociale, je peux porter une plus grande attention à leur esthétique.
A un moment du film, le mari dit à sa femme : «Moi je peux oublier l’histoire d’amour que tu as eue avec Chen Mo, mais toi, tu dois t’en souvenir.» En quoi cette vérité est fondamentale, pour votre film ?
Cette réplique est une déclaration d’amour incroyable de la part de Li Xun. Il est important de souligner l’évolution de son personnage. La musique qui précède cette phrase est très importante dans le film. Elle permet au public de mieux saisir le changement dans l’esprit de Li Xun : l’essence de l’amour est un choix, une décision.
Croyez-vous au destin ?
Oui. Si Li Xun considérait He Sizhu uniquement comme son épouse, il serait très en colère contre elle en raison de sa trahison. Mais si Li Xun la traite comme une femme indépendante, son histoire d’amour extra-maritale devient uniquement un élément de son destin : il n’a plus à être en colère contre elle.
Comment avez-vous travaillé avec vos co-producteurs ?
C’est la troisième fois que je travaille d’une manière très amicale et efficace avec le producteur français Sylvain Bursztejn. J’apprécie ses efforts et sa contribution à la reconnaissance du cinéma chinois indépendant sur la scène internationale.
Que pensez-vous de l’évolution du cinéma chinois ?
Le marché du film en Chine connaît une croissance importante et constante, et ce malgré la crise financière actuelle. Il existe un équilibre entre les films chinois et les films hollywoodiens. Toutefois, je pense que la qualité des films chinois devrait être améliorée de manière significative, car c’est la seule manière d’attirer le public.
BIOGRAPHIE DE WANG CHAO
Né à Nankin, en Chine, Wang Chao travaille pendant 5 ans comme ouvrier et écrit des poèmes à ses moments perdus.
En 1991, il intègre l’école de cinéma de Pékin (Beijing Film Academy) dont il est diplômé en 1994.
De 1995 à 1998, il est assistant de Chen Kaige et travaille comme critique de films.
Il réalise son premier long métrage, L’ORPHELIN D’ANYANG, en 2001. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs la même année, c’est l’une des grandes révélations du Festival de Cannes.
JOUR ET NUIT, réflexion sur l’évolution socio-économique de la Chine (2004), est récompensé par trois prix au Festival des Trois Continents de Nantes.
VOITURE DE LUXE, récompensé par le Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes en 2006, est son troisième film consacré à la réalité chinoise contemporaine.
FILMOGRAPHIE
2006 VOITURE DE LUXE
Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2006
2004 JOUR ET NUIT
Grand Prix, Prix de la Mise en Scène et Prix Jeune Public au Festival Trois Continents de Nantes
2001 L’ORPHELIN D’ANYANG
Prix Netpac au Festival du Film International d’Amiens, Prix au Festival du Film International de Chicago, Grand Prix au Festival du Film Entrevues, Prix des Dragons et Tigres et Prix Spécial au Festival International de Vancouver
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about 1 year ago
Étant assez fan de film asiatique je pense me laisser emporter par ce film !! A voir