Chroniques Sexuelles - Affiche Lyricis

Chroniques Sexuelles d’une Famille d’Aujourd’hui sort demain au cinéma et nous vous proposons une petit interview avec Jean-Marc Barr et Pascal Arnold, tous les deux réalisateurs du film. Une interview qui parle de cinéma, du film, mais aussi de sexe et avec une pointe de porno.

Pour rappel, la critique du film est disponible ici.

Jean-Marc Barr : C’est curieux de voir comment les gens regardent ce film, car il te prend par la gorge, dans ce qu’il te propose.

Pascal Arnold : Oui quand même ! Parce que les premières 5/10 min hein… Ça ne te laisse pas indifférent ! C’est comme quand les frères Lumières ont montré l’entrée du train à la gare de la Ciotat. Les gens se sont levés par peur. C’est ça le cinéma. On est pris par quelque chose.

J’aimerai comprendre la démarche derrière le film…

PA : Il y avait la volonté de faire une comédie légère sur la sexualité, avec deux énergies : la parole libérée, et justement je pense que la famille est un endroit où la parole n’est pas libérée, et la représentation de la sexualité aujourd’hui, monopolisée par le porno. Et l’envie de basculer dans l’intimité de chaque personnage, aussi bien les enfants majeurs, les parents que le grand-père.

JMB : On avait fait des films auparavant où on explorait la nudité, la sexualité avec Too Much Flesh, avec Lovers, et là on voulait se demander pourquoi aujourd’hui la sexualité est dans une connotation un peu négative car dominée à 95% par le porno. Pourquoi ne pas essayer d’explorer avec nos acteurs cette expression spirituelle qui existe entre deux corps. Et on pensait qu’on pouvait exprimer cette passion dans une grammaire totalement différente de ce qui est proposée par le porno. Et d’une certaine manière c’est qu’il ressemble tellement à la réalité qu’il n’est pas choquant. Et donc démystifié, dans le bon sens. Il n’est pas pédagogique mais aborde le sujet comme un adulte bien éduqué avec un sens de l’humour.

PA : Vous l’avez-vu tout seul avec d’autres personnes ?

Je l’ai vu en projection presse, il y avait d’autres gens oui…

PA : Et comment les gens ont réagi ?

JMB : Ben les projos presse ne sont jamais un indicateur…

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J’ai entendu dire qu’une personne avait quitté la salle à une projection du film…

PA : Ça c’est intéressant dans le cinéma ! J’ai l’impression que maintenant, tout le monde cherche à faire l’unanimité. Dans les années 70, il y avait des tas de films excellents que les gens aimaient ou pas. Le cinéma est intéressant car il peut révéler des frustrations. Je pense surtout aux hommes. L’effet de miroir est trop fort. On aurait fait le portrait d’un obsédé sexuel, ça serait différent car une distance s’installe. Là, vu les 3 générations, les différentes personnalités, forcément qu’on s’identifie à un moment ou à un autre. Soit l’effet de miroir est positif, soit on le rejette.

En parlant de ça, c’est vrai que le personnage principal avait presque le même âge que moi…

JMB : Oui, on est tous passé par là. Justement, est-ce que le film vous a ouvert des portes ? Est-ce qu’il a été consommé avec appréciation mais sans plus ?

Moi ce que j’ai aimé, c’est le regard sur la sexualité du grand-père veuf. C’est un truc auquel on ne pense jamais en fait, et on ne va pas demander à notre grand-père « Salut papi, comment ça va le sexe ? ».

PA : Et c’est un tort à mon avis ! Il y a plus de transmission aujourd’hui avec nos parents, nos grand-parents…

C’est vrai qu’aujourd’hui les jeunes sont plus branchés porno…

PA : Oui et justement, il faut le questionner ça ! Ça parait énorme, mais il y a 70 000 viols de femme par an ! C’est énorme ! Et s’il y avait plus de dialogue autour de la sexualité, plus libéré, ça pourrait éviter certains passages à l’acte. Justement le porno, c’est ni bien ni mal, c’est là, c’est une certaine grammaire… On est sensé à notre époque questionner les gros lobbys, capitalistiques, et ça c’en est un. Et on le questionne très peu. Dans les années 70/80, le porno n’était pas dans la même  grammaire, il y avait de l’innocence et de la curiosité, et on les consommait souvent à plusieurs. Il y avait un dialogue entre les gens qui regardaient. Maintenant, c’est consommé seul face à son ordi… Il n’y a plus de dialogue, de recul… Ce sont des images brutes.

C’est vrai que le dialogue est devenu plus compliqué aujourd’hui…

PA : Pourquoi ? Pourquoi alors qu’on a l’impression que le sexe est libéré ? Les médias donnent certaines injonctions. La première fois, comment jouir, comment ci et ça. Le porno en donne d’autres. Et ce n’est pas questionné. Et avec le film il y avait l’envie de questionner cette industrie dominante et de se dire que ce qui parait acquis ne l’est pas.  Et le seul moyen de libérer la parole est le passage à l’acte entre deux personnes consentantes.

JMB : Le film donne une ouverture à ceux qui ont eu une éducation bridée. Il montre le sexe dans une humanité et une célébration opposée du porno, qui est un spectacle.

PA : La libido tient surtout à la curiosité, à l’imaginaire. Et le fait d’être hyper entouré d’images retire cette curiosité. On se retrouve à recréer des stéréotypes. Pour beaucoup de jeunes, le porno est leur seul point de repère, ils pensent que tout ça est normal. C’est contrôlé cette histoire. On parle de liberté mais c’est contrôlé. Ce sont des lobbys très fort derrière le porno.

JMB : C’est la troisième plus grande industrie après les armements et les produits de beauté…

PA : On est sous influence ! Maintenant on a des jeunes qui se filment eux même, et qui mettent leur film sur le net, et c’est ce qu’on suggère dans la scène finale du film. Ce sont des images qui peuvent être dérangeantes pour le porno. Et ça va dans le sens du film. Ce n’est pas formaté. Mais je pense qu’une partie est contrôlée. Lors du casting, on avait eu un jeune qui avait été abordé par un mec du business dans une boite à Paris avec sa copine pour justement qu’ils se filment en train de faire l’amour.

En parlant du casting. Pour trouver les acteurs…

JMB : On a une réputation de faire un cinéma adulte. Beaucoup de gens sont venus, mais on recherchait des acteurs prêts à défendre leurs personnages et leurs sentiments pendant l’acte sexuel. Et ça se faisait assez facilement à la fin. On a abordé les scènes de sexe avec beaucoup de respect, pour essayer de garder l’émotion.

La différence avec le porno. Les émotions.

JMB : Oui c’est un regard, un plaisir, une communication de plaisir. C’est un film ouvert à tous les âges au-dessus de 12 ans. La grande différence avec le porno. Maintenant c’est une hyper-masculinité intenable et une dégradation de la femme trop évidente et malsaine. On voulait montrer un miroir de la vie.

PA : Le fait est qu’on n’avait pas fait d’essais avec les acteurs. On s’est jeté à l’eau au moment du tournage.

Comment s’est passé le tournage d’ailleurs ?

PA : Tu sais, on avait une approche respectueuse. Il y avait un côté militant avec ce film. On était tous impliqués. La première scène qu’on a tourné, c’est la première fois de Romain. Et on était très ému au tournage, car il y avait une telle véracité.

Il y aurait une autre version ?

JMB : Oui, une autre version pour le DVD et Canal +. Pour un monde idéal où des sexes d’hommes en érection ne sont pas gênants à voir, ni la pénétration. On a respecté ça pour le cinéma. On voulait ouvrir ça à un plus grand nombre.

PA : Sur ces deux versions, la version sexuelle aurait une interdiction plus forte. Ça se fait quasiment jamais de faire deux versions. C’est une liberté qu’on s’accorde. On sent très fortement l’engagement des personnages dans la version sensuelle.

Ca n’a pas été trop dur de faire des coupes ?

PA : Ce ne sont pas des coupes ! On était conscient de ce qu’on faisait.

C’était prévu avant le tournage ?

PA : Ça s’est fait en cours en fait. On a remonté les scènes. Ce n’est pas un travail de coupe.

En fait, si on regarde la version sexuelle on redécouvre le film ?

PA : On redécouvre les scènes d’intimité oui, puisqu’elles sont montées différemment. C’est une vraie plus-value, mais la dynamique est la même.

JMB : Par exemple la scène avec le triolisme, dans la version sensuelle on filme plus les visages. Ça donne un côté plus unique (avec l’accent américain) [rires].

Et pour la distribution ?

PA : Le film sera distribué mais les programmateurs restent frileux, toujours l’effet de miroir.

JMB : C’est surtout la vidéo qui le fera grandir, on compte beaucoup sur la VOD par exemple.

PA : Ce qui nous a surpris ce sont les bonnes critiques aussi. Les profils changent. Les programmateurs sont différents de la presse. Avant une bonne critique et tu avais tes salles, plus maintenant. Ce sont surtout les programmateurs qui anticipent leur propre frustration, et je dis ça sans méchanceté ni jugement. Si ça avait été fait avec un ton moins sérieux, ça aurait sûrement plus facilement marché.